Me voilà de retour de cette semaine d'été qui clôture ma première année de formation en somatothérapie. Expérience riche, dense , parfois si déstabilisante et pourtant si libératrice, réparatrice pour chacun d'entre- nous. Une plongée dans les eaux profondes de nos mal êtres intérieurs , de nos non- dit, de nos terreurs, de nos violences refoulées , de nos cris étouffés qui surgissent soudain de nos entrailles et pétrifient le reste de la salle.
Nous étions arrivés au milieu de la semaine. Comme chaque matin nous commencions par un exercice de centrage, de prise de contact avec nous- même et le reste du groupe. La formatrice participe à l'atelier, elle nous propose de créer un espace avec les matelas que nous utilisons pour les massages. Dans ce carré nous serons 24 femmes et 2 hommes. Nous avons tous bandés nos yeux , la consigne est: éviter tout contact avec les autres dans un premier temps. Au signal aller à la rencontre de l'autre, des autres par le toucher et sans jamais prononcer un mot. Une musique accompagne le déroulement de l'exercice.
Dés le début, je me sens à l'aise dans cet espace. J'évolue dans l'obscurité grâce à mon ressenti que je perçois comme décuplé. Mon corps est en éveil, il anticipe le champ énergétique qui l'entoure et se faufile dans les trouées . Puis vient la prise de contact, des mains, des bras , des corps qui se frôlent, se touchent, s'évitent, s'acceuillent. Des échangent aussi inattendus que créatifs, ici un pas de danse, là une main caresse la chevelure, visite les contours du visage, ici aussi un ballet qui explore l'espace en de multiples arabesques,et ses mains qui dessinent les formes, les rondeurs. A nouveau une tête se pose sur mon épaule et un corps se blottit dans mes bras. Je suis tour à tour celle qui donne et qui reçois, parfois le contact est doux , tendre, évident, harmonieux, joyeux parfois il est abrupt, intrusif, contrôlant, évitant, je vais au gré de mon envie , parfois c'est moi qui romps le contact, parfois c'est l'autre et je me laisse happer par cette multitude de ressentis. Et puis soudain une main, un bras d'homme que je devine être le sien. Nous voilà face à face , je sens le contact de sa main sur mon épaule, elle ne s'attarde pas, descend lentement , caresse mon bras, rejoint ma taille tandis que je frôle délicatement l' avant bras remonte vers l'épaule et effleure la nuque. Nos respirations demeurent toutes proches, je me sens acceuillie, en confiance, nos corps ébauchent un pas de danse alangui, langoureux, je pose ma tête sur sa poitrine et je m'abandonne à cette étreinte . Le temps parait s'être arrêté, l'envie de rester là est forte, puissante , je me sens comme aimantée pourtant je rejoins sa main que je presse doucement dans la mienne et nous nous séparons .A nouveau d'autres mains, d'autres bras, d'autres rencontres, à nouveau ce sentiment de liberté, d'abandon parfois , d'équilibre, d'envahissement. La musique accompagne ce mouvement j'ai l'impression de baigner dans une mer de sensations, d'émotions et de ressentis démultipliés à l'infini. Contre mon dos je sens son ventre et sa poitrine , mes mains ont trouvé les siennes nos bras s'élèvent, dessinent des volutes dans l'espace , je me plaque contre lui et nous reprenons notre danse sur un rythme à la fois doux et sensuel. Impossible de dire combien de temps s'est réellement écoulé, de nouveau nous voilà séparés .
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